OU VONT LES MORTS


4'10

Où vont les morts dans quel district
dans quell' banlieue sur quelle carte
les jours où tombe le verdict
et qu'un par un les hommes partent
quand les vérités se défont
quand se défont les équipages
bateau craquant sur des hauts-fonds
auto jetée dans un virage

Sous la pierraille ou le granit
quand les pélerins se déchaussent
seuls enfin seuls dans leur cockpit
au fond d'un cul-de-basse-fosse
où vont-ils dans quel port astral
sous quel vent de quel hémisphère
A quel souper inaugural
d'un monde à refaire

Où vont les morts dans quel désert
dans quel pays d'itinérance
sur un vieux chameau de misèr'
entre la soif et le silence
dans la chanson qu'un vieux touareg
chante en lui même et sans bruit faire
dans le battement des varechs
ou dans la musique des sphères

Dans cet arbre accroché à rien
que juillet cuit février pèle
dans ce nuage qui le tient
dans le convoi des hirondelles
où vont les morts dans quel sommeil
dans quel au-delà des images
ou comme on jette une bouteill'
à la mer sans message

Où vont les morts où vont les morts
dans quel matin de préhistoire
avant le premier désaccord
et l'invention de la mémoire
dans un temps à côté du temps
qui n'est ni le pas ni la course
mais l'éternité de l'instant
sous l'œil ouvert de la Grande Ourse

Dans quel asile entre les bras
de quelle douce lavandière
tous feux éteints dans de beaux draps
prenant les chos's à la légère
où vont les morts dans quel album
dans l'annuaire des légendes
que feuillette un fumeur d'opium
dans l'or de Samarcande

Où vont les morts les tiens les miens
nulle part et dans toute chose
ils nous suivent comme des chiens
et dans nos têtes qui reposent
ils débarquent et plantent le camp
des souvenirs à marée basse
avec leur numéro manquant
qui occupe toute la place

Où vont les morts où nous irons
quand nous aurons fait place nette
dans la bouilloire aux électrons
dans la poudre bleue des comètes
nous signerons nos passeports
d'un peu de suie dans les étoiles
un éclat d'onde un pigment d'or
au bas de la toile

où vont les morts

Paroles : Serge Emmarine
Musique : Daniel Pantchenko